Nous sommes partis en train pour aller visiter Maria et Laurent à Nantes.
On a pris le temps long avec le train régional sansvitesse. Le temps de regarder passer les pylônes à côté des voies, celui de s'étonner de l'avancée des bourgeons et des terres inondées, le temps de la valse des bagages que montent et descendent les voyageuses et voyageurs dans les gares. Le luxe du précieux temps que l'on ne paie pas cher parce qu'il dure deux fois plus que le TGV.
Et nous sommes arrivés à Nantes. Il ne pleuvait pas.
Il faut traverser la Loire à nouveau et c'est la grue noire des anciens chantiers navals Dubigeon à Chantenay qui nous accueille, avec la Brasserie Little Atlantique Brewery dans l'ancienne bâtisse industrielle, huilerie, savonnerie, etc...
On y rencontre la Scille du Pérouet on gravit les marches de l'escalier qui grimpe sur la Carrière Misery pour croiser l'enfant du square Maurice Schwob. Il affirme très essoufflé et très sérieux "J'ai bien le droit à une petite pause"
j'entre donc en douce par la sortie pour monter sur les branches expérimentales et rentrer dans les galeries de l'édifice grandiose des nefs, mais il est tard.
On reviendra alors pour entrer vraiment dans les machines et l'enfant qui rêve en nous
On repasse la Loire, on salue Cambronne (Merde alors !), on remarque les renoncules et les euphorbes de son cours avant d'aller prendre un chocolat à la Cigale sur la Place Graslin.
Il faudra revenir parce qu'on a loupé la transgression sur le cours Cambronne
Comme on a des goûts de luxe et que rien n'est trop beau pour la classe ouvrière, on réserve pour dîner à La Cigale le soir du lendemain et on va saluer le passage Pommeraye en quittant le quartier.
Le récit de la journée s'arrête là. Pas envie de nommer la pièce de théâtre du soir, ni les tatapoum technos assourdissants qui lui ont succédé. Mieux vaut tenter de faire mémoire de ses rêves.
Le quatrième jour
Nous partons en voiture à la Mer. C'est Laurent qui conduit. Il fait beau. Direction PORNIC
On s'arrête au Marais de Lyarnes, pour manger des huitres chez Poiskaï Sud, à côté des pêcheries de Moutiers en Retz. Des amis, des huitres, du poisson fumé, des verres de Muscadet frais sur une table au soleil : Que demande le peuple ? Il y a même du fromage pour ceusses qui n'aiment pas le poisson.
Et nous voilà repartis pour un tour sur le sentier des douaniers à Pornic
Clin d'œil aux villas des richards et aux évadés fiscaux : on connait vos maisons secondaires !
Pause sur la plage au soleil pour toucher le sable et l'eau
Pour la septième et dernière maison de ce cycle des maisons improbables et quartiers atypiques, j'ai repris tout ce qui a été mis en oeuvre dans les six premières :
La ligne verticale, colonne vertébrale des constructions. Des formes de
papier superposées. Des fenêtres, portes, toits et escaliers au gré des papiers collés
Des grattes-ciels et des échoppes. L'aquarelle japonaise nacrée
Du végétal dans le bâti. Des interstices blancs entre les papiers découpés
Du papier métallisé. Du feutre posca sur du noir.
L'harmonie et la diversité des verts
Les restes du programme 2024-2025 de la Maison de la Musique, des stries pour habiller la terre.
Et je souhaitais ajouter ce qui manquait aux six premières : des cheminées, des balcons, des lampadaires, des ponts, des câbles électriques.
Alors qu'une sombre tourmente afflige l'humanité, j'ai besoin de recolorer tendrement le monde.
J'ai utilisé le papier lumineux du programme 2024-2025 de la Maison de la musique de Nanterre, une aquarelle scintillante rosée pour signifier les surfaces vitrées, un ciel de guimauve et des stries orangé/vert pomme/fuchsia pour habiller la terre
Il s'agit de ne pas se laisser envouter par le spectacle en continu de la force brute et de la bêtise.
Se laisser porter par les formes, sans savoir où ça va mener. J'apprécie ce lâcher prise qui se saisit de la forme par le jeu des motifs et des textures. C'est une approche un peu décorative, mais qui permet d'affiner les grosses orientations.
Il y a la grande ligne verticale au milieu. Des édifices de papier métallisé, emballage de café en grains, qui en gardent l'odeur. Des maisons de papier cadeau doré, des murs de papier rayé rouge et blanc, des pans noirs sur lesquelles ressortent bien le dessin de briques au feutre Posca ou des motifs décoratifs.
Il y a des arches, des escaliers, des volets aux fenêtres, des grandes et petites portes
Il y a un ciel jaune d'aquarelle japonaise irisée Il y a une terre habillée de fines stries sur différents tons d'aquarelle
Il manque des cheminées, des balcons, des lampadaires, des ponts, des câbles électriques.
Il y a toujours la ligne verticale structurante. Et un jeu avec un dessin de Besse trouvé dans l'Humanité Dimanche. J'aime bien le contraste entre la petite échoppe et les gratte-ciels métallisés. Me voici de nouveau avec l'aquarelle japonaise nacrée.
Voici que commence un nouveau cycle. Olivier nous propose d'utiliser des formes de papier pour construire des maisons et des quartiers imaginaires. Il y a la référence aux constructions de Jacques Tati et aux maisons abandonnées de Seth Clark.
Il y a la ligne verticale, colonne vertébrale des constructions. Des formes de papier superposées. Je ne m'attache pas à la vraisemblance de la perspective. Je sème des fenêtres, des portes, des toits et des escaliers au gré des papiers collés. J'ajoute du doré. C'est mon premier quartier atypique.
Bon. A force, ça fait signe. Me sentant obligée de chercher des infos sur Julie Desprairies, je découvre qu'elle est venue à Nanterre en 2022. Comme quoi elle y a laissé des traces, même si nous ne nous sommes pas rencontrées à l'époque.
Parmi les cartes postales d'Olivier, j'ai trouvé cette perspective vertigineuse aux tons sépia. Au dos, un nom : André Devambez (1867-1944). Je ne le connaissais pas, du coup j'ai cherché et trouvé un peintre, illustrateur génial et drôle qui a été exposé au Petit Palais récemment.
J'ai repris la perspective vertigineuse qui m'avait attirée l'œil, avec du bleu gris et de la scintillance. De nombreuses autres versions sont à envisager, avec ou sans avions et condamnés à mort.
Les Noces de Cana, c'est cette œuvre énorme de Véronèse, le plus grand tableau du Louvre.
Il fait face à la ridicule petite Joconde qui accapare les yeux du monde entier.
Dans cette foule attablée, presque tout part du Jésus auréolé au centre.
Comme, après avoir construit les colonnes et les frontons, je m'ennuyais à copier la multitude des figures autour de lui, j'ai fait rayonner la perspective avec différents tons d'aquarelle nacrée.
Comme une avalanche de propositions plastiques dont on ne peut appréhender les contours Comme une énorme banquise dont on boirait des gouttes Comme une mise en abyme de la mémoire allemande du XXème siècle Comme une ode constante au Gris
Comme le passage inexorable du temps et de l'histoire Comme chercher à mettre la couleur dans des cases
On ne sort pas indemne de la rétrospective consacrée à Otobong Nkanga au Musée d'Art Moderne de Paris. A cause du propos décolonial et écologique mais surtout à cause de la force de son expression.
Elle réveille des objets antagoniques et révèle des forces contradictoires :
les aiguilles ne servent pas qu'à coudre, elles déchirent
les mains ne servent pas qu'à soigner, elles accaparent
la terre ne sert pas qu'à bâtir, elle ensevelit
l'eau ne sert pas qu'à abreuver, elle inonde
les liens ne servent pas qu'à relier, ils enchainent
J'aime l'idée qu'un musée de renom comme le MAM de Paris rende hommage à une artiste vivante, contemporaine. J'aime aussi l'idée que cette artiste soit femme, puissante et noire. Comme une revanche bien méritée.
Pourtant, je suis sortie triste et déçue du musée. Je voulais "rêver de nous en couleurs" mais je me suis sentie minérale et enchainée. Comme pétrifiée. Avec le besoin d'être soignée et réparée.
J'ai tellement mal au monde que je cherche de la légèreté. Tellement mal à l'avenir, que j'ai besoin de respirer.
Pour Noël, après nos vacances en Colombie, j'ai eu envie d'offrir des symboles colombiens aux enfants. J'ai dessiné un frailejon, des palmes à cire, des oiseaux et des fruits. Il y a largement de quoi dessiner en couleur...
A l'atelier, Olivier nous a proposé de dessiner à la plume des animaux imaginaires, en mélangeant les têtes, les pattes, les corps, les textures, les pelages, les écailles, les plumes et les antennes de différents animaux. Du coup, voici un serpent-lion à ailes de papillon, pattes de scarabées, queue d'oiseau-lyre et dard de moustique
Comme en ce moment, je dessine des animaux imaginaires, cette visite était tout à fait bienvenue. J'ai particulièrement apprécié le sanglier faisan bicéphale empaillé, ci-dessus. Tout comme le goût de bonbon acidulé de l'exposition temporaire des Lamarche-Ovize.
Alors que l'on pourrait soupçonner les collections d'armes, de trophées et d'animaux empaillés de véhiculer des relents nauséeux liés au mouvement de la ruralité (ex "Chasse, Pêche, Nature et Traditions"), les rencontres inopinées avec des œuvres contemporaines permettent d'alléger le propos.
Il y a de la gravité enjouée, du jeu, de l'ironie, du décalé. Et puis, il y a beaucoup d'enfants étonnés. C'est grâce à l'une d'elle que j'ai pu toucher la tête de la licorne dont je ne voyais que la longue corne.