Je reprends le motif de l'eau et décide de coudre le papier avec du fil blanc. Il s'agit de surligner l'écume, la surface de l'eau, les formes des galets. Finalement, le fil apparaît anecdotique.
Pour mettre en valeur le fil blanc, il conviendrait de coudre du papier blanc.
Au départ, il y avait l'idée de dessiner le poirier devant la maison en Normandie à Saint Pierre les Cormeilles où nous étions pour le week-end. Il y avait des branches avec les feuilles et les poires, le bleu du ciel et du marron sur le tronc. Et puis la nuit est tombée et nous sommes rentrés.
Après souper, il n'y avait plus le poirier devant moi mais juste son souvenir, alors j'ai pris de l'eau et j'ai joué avec la couleur. J'avais pensé rajouter du trait noir pour retrouver du dessin mais j'ai choisi d'en rester là : L'eau et la couleur suffisent.
Eh oui, elles sont quatre auprès de la fontaine. Parce que les trois belles girondes de Picasso ont invité la Gitane de Manguin. Elles discutent benoitement au coucher de soleil alors que l'eau de la source babille et que la cruche en terre se remplit. Certains murs ocres du village commencent à s'assombrir alors que d'autres reflètent les derniers rayons du soleil. C'est l'heure féminine de la quiétude.
Bien sûr, auprès de la fontaine, tous les personnages du Théâtre des Corps Amovibles sont venus, qui pour boire un coup, qui pour discuter ou qui simplement pour passer.
Le travail de composition se poursuit. Je reprends d'anciens croquis sur modèles vivants de cours précédents, des chutes végétales et aquatiques de la métamorphose de Daphnée en figuier.
Certaines chutes se transforment en oiseaux ou en échos.
Pour les vacances de printemps, nous sommes allés à Dieppe avec les enfants. Il ne faisait pas très chaud mais chaque matin, nous avons salué la mer en jouant sur la plage à marée basse.
Et chaque jour,
au rythme des marées,
nous avons érigé des châteaux de sable.
Construction patiente,
Attente devant l'eau immense,
Stratégie de résistance.
Entre jeu et acte poétique qui célèbre l'éphémère.
Bien sur, il y a la grande vague de Kanagawa, et les autres 35 vues du Mont Fuji où l'eau est partout présente. Il y a aussi les Mille images de l'océan, moins connues, mais tout aussi délicates et acquifères. Puis l'oeil du spectateur peut choisir d'être immergé totalement dans le creux de la vague, dans le tumulte du mouvement des eaux sombres et dans les embruns.
Il peut tout au moins essayer.
C'est le pari de cette aquarelle.
En feuilletant des livres sur l'eau à la bibliothèque, je suis tombée sur ce tableau qui se trouve aujourd'hui en Colombie, à Bogotá. Je l'ai reçu comme un clin d'oeil. Cette perspective du bateau lavoir et ces femmes au travail, l'eau verte de la Seine sur le côté gauche, l'eau bleutée ou mauve à travers les vitres, l'eau des baquets avec leurs reflets, l'eau qui coule du tissu essoré, la vapeur d'eau... Tout cela repose aujourd'hui dans les collections du Musée National à Bogotá, de l'autre côté de l'Atlantique.
Ces lavandières de la Seine ont été regardées et interprétés en 1887 à Paris par un peintre colombien, Andres de Santa Maria. Je me sens aujourd'hui dans l'obligation de traduire la biographie de cet homme entre deux rives et d'alimenter sa notice dans Wikipedia.
Histoire de creuser une affinité qui traverse les ans et les océans.
Histoires d'eaux
Affaire à suivre. Comme un marque-page dans un livre.
Aventure à poursuivre
La Mer fait divaguer les vagues, les pensées et les voiliers : Même la tête elle aussi divague et les routes qui hier étaient là, aujourd'hui n'y sont pas.
Je sais c'est rien mais je préfère
La seule chose que je sais faire
Des ronds dans l'eau
Les herbes folles et la rivière
Les plages du Finistère
Et la mer...