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mardi 15 mars 2022

Variations sur Orphée et Eurydice


Où l'on travaille sur un autre mythe des Métamorphoses.
L'amour au-delà de la mort.

Souffles

Écoute plus souvent
Les choses que les Êtres
La Voix du Feu s'entend,
Entends la Voix de l'Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C'est le Souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire
Et dans l'ombre qui s'épaissit.
Les morts ne sont pas sous la terre :
Ils sont dans l'arbre qui frémit, 
Ils sont dans le bois qui gémit, 
Ils sont dans l'eau qui coule, 
Ils sont dans l'eau qui dort, 
Ils sont dans la case, 
ils sont dans la foule : 
Les morts ne sont pas morts.  

Écoute plus souvent 
Les choses que les êtres 
La voix du feu s'entend, 
Entends la voix de l'eau. 
Écoute dans le Vent 
Le buisson en sanglots : 
C'est le souffle des ancêtres morts, 
Qui ne sont pas partis 
Qui ne sont pas sous la terre 
Qui ne sont pas morts.

Birago Diop, « Souffles » (extrait), 
Leurres et lueurs, Présence africaine, 1960.




dimanche 24 janvier 2021

Un jour je changerai Daphnée en figuier


Oh la pauvre Daphnée 
qui ne peut s'échapper 
qu'en étant pétrifiée 
sous l'écorce du laurier. 

Pas possible d'accepter 
que les feuilles du laurier
aillent maintenant orner
la tête des guerriers. 

Oui, un jour je changerai Daphnée en figuier.




mardi 5 janvier 2021

Deucalion et Pyrrha. 7


Après Giovanni Maria Botalla (1613-1644)

Bon pour le moment, on fait une pause et on laisse un peu tomber Deucalion et Pyrrha. 
On va arrêter de jeter des pierres en arrière.  
De toute façon, ces deux-là, ils continuent leur bonhomme de chemin.
Y'a de quoi faire pour renouveler le genre humain.


dimanche 20 décembre 2020

Deucalion et Pyrrha. 6


après Bartolomeo Pinelli (1781-1835)

Nous on veut continuer à danser encore
Voir nos pensées enlacer nos corps
Passer nos vies sur une grille d'accords




Deucalion et Pyrrha. 5


Et recommencer, recommencer sans cesse à jeter des pierres en arrière.
après Andrea di Mariotto del Minga (1540-1896)

"La grande mère est la terre ; les pierres dans le corps de la terre, ce sont, à mon avis, ses os, que nous devons jeter derrière nous. » Bien qu'ébranlée par l'interprétation de son époux, la Titanienne hésite cependant à espérer, tant tous deux restent défiants devant les avis des dieux ; mais quel mal y aurait-il à essayer ? Ils descendent, se voilent la tête, dénouent leurs tuniques et sur leurs pas, derrière eux, selon l'ordre reçu, lancent les pierres.

Ces pierres - qui le croirait, si l'antiquité n'en témoignait ? - commencèrent à perdre leur rigidité et leur raideur, à ramollir peu à peu et, une fois ramollies, à prendre forme. Bientôt, quand elles eurent grandi et pris une nature plus douce, une certaine forme humaine put apparaître, non évidente toutefois, mais semblable à des ébauches de marbre, qui ne seraient pas assez achevées et ressembleraient fort à des statues grossières. 

Cependant, la partie de ces pierres, constituée de terre mêlée à des sucs humides, se métamorphose pour servir de corps ; la partie solide qui ne peut être pliée se change en ossements ; ce qui naguère était veine, reste veine, et conserve donc son nom. En très peu de temps, par la volonté des dieux, les pierres lancées par les mains de l'homme prirent un aspect masculin et de celles jetées par la femme fut reconstituée une femme. C'est pourquoi notre race est dure, rompue à l'effort ; et nous donnons la preuve de l'origine de notre naissance.

 

mercredi 9 décembre 2020

Deucalion et Pyrrha. 4

Et voici encore Deucalion et Pyrrha, avec leur tâche de reconstruire le genre humain. Les pierres de la Terre Mère lancées en arrière d'où surgissent des créatures dont la chair nue, neuve et légère interroge et s'interroge. J'hésitais à peindre le ciel d'un léger voile mais je décide de le laisser vide. 

Oui, le ciel est vide. D'une part, parce que le contraste entre ce qui est peint et ce qui ne l'est pas est intéressant. L'absence de couleur est intéressante. Rajouter encore et encore des couleurs n'aurait fait que charger l'ensemble. Les deux anciens, Deucalion et Pyrrha, sont déjà un peu trop chargés. On va dire qu'ils le sont par le poids de la vie et l'expérience du déluge.

Et puis surtout, je décide de laisser le ciel vide parce que j'aime l'idée d'un ciel vide de dieux.
Nous sommes au XXIè siècle.
Je ne suis pas Rubens.




lundi 23 novembre 2020

Deucalion et Pyrrha. 3


Pour une nouvelle genèse de l'humanité après le déluge
en suivant Giovanni Francesco Castiglione (1641-1710)

Au-dessus d'ces collines s'élève ma voix à jamais Ô mon petit pays, ô Rwanda bien-aimé Un million de gouttes d'eau qui tombent de terre en ciel Un million de nos tombes en trombes torrentielles De nos fosses profondes à nos points culminants Nous sommes debout maintenant les cheveux dans le vent À conjurer le sort qu'un désastre englouti À se dire qu'on est fort, qu'on vient de l'infini...

Gael Faye. Kwibuka. Novembre 2020




samedi 21 novembre 2020

Deucalion et Pyrrha. 2

Etape intermédiaire. Pour une nouvelle genèse de l'humanité après le déluge.

Avec Gael Faye

vendredi 20 novembre 2020

dimanche 15 novembre 2020

Daphné changée en Laurier

Daphné. Croquis liminaire (Gouache et feutre)

Cette année, Catherine Van Den Steen nous propose de travailler sur les Métamorphoses d'Ovide. En cherchant sur internet, je me suis très vite attachée à l'histoire de Daphné changée en Laurier. 

"Une lourde torpeur saisit ses membres,
sa poitrine délicate s'entoure d'une écorce ténue,
ses cheveux deviennent feuillage, ses bras des branches,
des racines immobiles collent au sol son pied, naguère si agile.
Une cime d'arbre lui sert de tête ; ne subsiste que son seul éclat"

                                                        Ovide, Métamorphoses, Livre 1 (548-552)

En regardant les images accumulées au long des siècles autour de ce mythe, j'ai vu aussi Apollon poursuiveur amoureux, embrasé d'amour "comme les chaumes légers brûlent, une fois les épis coupés" et Cupidon qui "de son carquois empli de flèches, tira deux flêches aux effets opposés, l'une chassant l'amour, l'autre le faisant naîtreEt j'ai vu le mouvement, la poursuite, la course éperdue qui aboutit finalement à une intégrité protégée pour elle et à une couronne de laurier pour lui.

Mais une chose est de voir, autre chose de donner à voir. 
Pour le moment, L'image que j'ai créée ne me satisfait pas. 
La composition est décalée vers la gauche et n'est pas lisible. 
Les chairs manquent de matière. 
La perspective du paysage n'est pas claire. 
Le mouvement qui existait dans la gravure inspiratrice a disparu.

Hé hé hé... L'image n'est pas terminée ! Elle espère vos suggestions et vos solutions concrètes pour se métamorphoser. En attendant, je choisis de publier ici un croquis préliminaire, simple et léger, avec une Daphné en figuier libérée.