Il a le regard perçant et les fesses à l'air dans la joyeuse verdure. C'est le pêcheur à l'épervier, l'un des 2 hommes nus de Frédéric Bazille. Son regard ouvert, à la recherche de l'autre, du poisson ou de l'oiseau, croise le regard des autres personnages ou les analyse.
Avec une présence éclatante du végétal et des jeux de lumière magnifiques, on pense à Chiachio et Gianonne.
Le combattant de bronze de Paul Landowski affronte ici un Goliath minéral et végétal. Dans la relation avec les personnages du Théâtre des Corps Amovibles, l'arme s'est dissoute.
Point n'est besoin de bombarder tous les alentours pour exister.
Oh David, David, quand donc cessera le jeu pervers du bourreau et de la victime ?
Eh oui, elles sont quatre auprès de la fontaine. Parce que les trois belles girondes de Picasso ont invité la Gitane de Manguin. Elles discutent benoitement au coucher de soleil alors que l'eau de la source babille et que la cruche en terre se remplit. Certains murs ocres du village commencent à s'assombrir alors que d'autres reflètent les derniers rayons du soleil. C'est l'heure féminine de la quiétude.
Bien sûr, auprès de la fontaine, tous les personnages du Théâtre des Corps Amovibles sont venus, qui pour boire un coup, qui pour discuter ou qui simplement pour passer.
Pour débuter l'année, je prends les couleurs d'Henri Manguin quand il peint la Gitane à l'atelier. Il y a là des bonheurs de commencements, des interrogations sur l'à venir, des espoirs en éveil, une envie d'y croire malgré tous les brouillards et les indéfinitions.
C'est l'un des 8 décors de mon théâtre des corps amovibles quiattend encore que les personnages se mettent en mouvement sous les feux de la rampe. Le projet devrait aboutir à la mi-janvier, nous verrons bien.
D'ici là, je convoque à nouveau le bon son de Lars Danielsson et son Liberetto, revisité ici par l'esprit symphonique. Il y a toujours la mélodie envoutante du piano, s'y ajoute la majesté des violons.
La petite surprise de la flute ne peut être que de bonne augure pour l'année qui vient.
En 2017, pendant le MOOC-L'instant figé, j'avais déjà choisi Baldassare et son élégance nonchalante, sa simplicité élaborée, sa douceur veloutée. Bref, la classe : la SPREZZATURA. Voir l'oeil de Baldassare, tendre et lumineux.
Et voici que ce jeudi, une petite carte postale du portrait de Rafael me fait de nouveau un clin d'oeil. Alors, je reprends le beau barbu et sa fourrure de petit gris comme référence. Avec la consigne de choisir une couleur qui interprète l'émotion de l'image, je pars sur du bleu, calme, doux et élégant. Et je prends des pastels secs pour la texture veloutée. Puis arrivent du violet, du vert, et la chaleur du rose pour réveiller les profondeurs. Et je choisis aussi de réserver des zones blanches pour aviver les contrastes.
Pour accompagner le retour de Baldassare, je convoque le clin d'oeil au chant des oiseaux de Janequin, en langue des signes, comme un hommage à la "sprezzatura" tellement élaborée sous ses atours de simplicité.