Au départ, il y avait l'idée de dessiner le poirier devant la maison en Normandie à Saint Pierre les Cormeilles où nous étions pour le week-end. Il y avait des branches avec les feuilles et les poires, le bleu du ciel et du marron sur le tronc. Et puis la nuit est tombée et nous sommes rentrés.
Après souper, il n'y avait plus le poirier devant moi mais juste son souvenir, alors j'ai pris de l'eau et j'ai joué avec la couleur. J'avais pensé rajouter du trait noir pour retrouver du dessin mais j'ai choisi d'en rester là : L'eau et la couleur suffisent.
Avec Line et Sofia, nous sommes allées à l'Hôpital de Nanterre visiter l'exposition photos au CHAPSA (Centre d'Hébergement et d'Assistance aux Personnes Sans Abri). La vie quotidienne de ce dispositif d'hébergement d'urgence y est mise en image.
Il y a le "pèlerinage" journalier qui vient du point de recueil de la Villette, les personnes sans abri, les soignant.es et les vigiles, la mise en consigne des affaires, la machine à laver et les douches, les lits superposés et les couvertures blanches jetables pour une nuitée, le repas du soir et le petit déjeuner, les amitiés et les liens qui se créent, le désarroi des vies sans attaches, les arbres de la cour.
Il y a une couverture jetable que le vent a apporté dans l'arbre. La photographie est vraiment l'art de l'instant décisif.
C'est l'été et je me souviens du Quilt de Faith Ringgold à l'expo Paris Noir. A la Bibliothèque, je retrouve le catalogue de l'expo qui lui a été consacrée au Musée Picasso à Paris. Alors je me replonge dans sa vie et son travail.
C'est le fil et le tissu qui m'attirentd'abord. Il y a comme un clin d'œil de cette arrière grand-mère couturière que je n'ai pas connue, mais surtout un joyeux sourire destiné à la mémoire de ma mère et de ma grand-mère avec qui nous avons tant cousu et brodé. Car dans ma famille, les femmes cousent. Elles m'ont transmis ce savoir et cette appétence pour le "faire patiemment" des travaux d'aiguille. Elles m'ont légué l'affinité féminine des ouvroirs, avec ce souvenir de journées de vacances passées autour de la table de la salle à manger, chacune à son ouvrage.
Et puis il y a chez Faith Ringgold ce choix d'écrire des histoires et de les représenter. J'aime ce mélange d'écrits, de couleurs, de fils et de matières, ce plongeon dans l'histoire de l'art pour la renouveler et y représenter des noir.es. J'aime ce besoin de s'envoler pour se raconter. C'est à travers tout cela que se construit son parcours d'artiviste afro descendante, militante des droits civiques, féministe. J'aime cette femme, sa pugnacité, sa joie contagieuse, sa représentation du monde.
Olivier nous propose de travailler sur les expressions du visage et nous présente les têtes de caractère de Messerschmidt. Sur ses conseils, je m'emploie à dessiner les têtes avec du brou de noix, de l'encre de chine et du blanc. Je travaille grand et vite. Au cours de la séance, ça donne six grands méchants croquis de 30 x 45 sur du papier un peu froissé.
Brut de décoffrage, rude, comme des cris d'humanité enragée.
Est-ce que je vais écouter le conseil de passer à un petit format sur le même sujet (3cm x 4.5 cm) pour travailler plus en finesse ?
portrait d'August Strindberg par Christian Krohg (1893)
Au musée d'Orsay que nous avons pu visiter grâce à l'atelier municipal d'arts plastiques, l'expo "Le peuple du Nord" m'a permis de rencontrer Christian Krohg et son regard clair sur les gens et la mer.
Avec son attachement aux gens et aux gestes du quotidien, ses cadrages innovants, et son engagement politique.
Avec son regard amoureux sur sa femme Oda et la tendresse du lien construit avec les enfants
Avec le portrait orageux de Strindberg qui tremblote et vacille grâce au fond d'ocre aux traits bleutés
Avec de nombreux sujets qui dorment, comme une mise en exergue du sommeil réparateur, ou la simple réalité du modèle fatigué et de l'oeil de l'artiste qui capture l'instant endormi.
Le petit déjeuner des oiseaux. Gabriele Münter, 1934
Au Musée d'Art Moderne, près du Palais de Tokyo, rencontre avec l'œuvre de Gabriele Münter que je ne connaissais pas. Ses couleurs me frappent, sa liberté, sa créativité foisonnante, son parcours renouvelé. Il y a son histoire d'amour compliquée avec Kandinsky mais, au-delà, il y a surtout son parcours au long cours qui construit une œuvre particulière.
Dans son cheminement, je choisis "le petit déjeuner des oiseaux". J'aime à la voir attablée pour le petit déjeuner, à regarder l'hiver par la fenêtre de sa maison à Murnau, et s'arrêter sur la vie des oiseaux dans la neige. Elle a peint ce tableau dans les années 30 du XXème siècle alors qu'elle avait déjà atteint 60 ans. J'y reconnais ma sœur en âge et en regard.
Un tour à l'Espace d'Art des Terrasses de Nanterre ce samedi pour découvrir le travail d'Hélène Kelhetter. Elle est en résidence de création jusqu'au 7 juin. Trois temps vont s'y travailler et s'y exposer : le temps du dessin, le temps de la germination, le temps des ateliers.
J'y ai retrouvé des choses aimées : les plantes, l'indigo, les graines, l'esprit tropical, les racines. En ce moment à l'Espace d'Art, c'est doux, ça répare, ça donne envie de se poser. Envie d'y retourner !
Pour saluer l'artiste en résidence avec un clin d'oeil de l'autre côté de l'Atlantique et l'entourer de ma sororité, j'invite ici la "Maria la Curandera" de Natalia Lafourcade, qui est devenu un chant de guérison porté maintenant par des chœurs de femmes dans toute l'amérique latine.